L'accompagnement pastoral - Unité 10
Institut des leaders chrétiens
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L’accompagnement pastoral Unité 10 (3 crédits)
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Enseignant : Henry Reyenga
Contributeurs: Brian
DeCook, Drew Brown, David Feddes
Stagiaire
et enseignant assistant (bénévole)
Alexander Uriel Duodu
Table des matières
Unité 10 : Sujets importants pour la pastorale. 3
Comportement du pasteur vis-à-vis des femmes. 11
Des objections aux visites pastorales. 14
Le pasteur et les relations dans l'église. 17
Unité 10 : Sujets importants pour la pastorale
Professeur Henry Reyenga & Révérend Kurm Rideva
Une visite à l'hôpital
Préparez-vous
- Priez à l'avance
- Choisissez votre passage biblique à l'avance
- Passages choisis
- Imaginez des scénarios
- Ne choisissez pas de passages trop longs (6 ou 7 versets maximum)
- Les passages mémorisés sont appropriés, mais le contexte est important
- Habillez-vous de manière appropriée
- Contactez à l'avance pour vous assurer que le moment est bien choisi avec les autres examens hospitaliers
Arrivée à l'hôpital
- Première visite : Rendez-vous au bureau de Chaplin
- Inscrivez-vous pour obtenir une carte ou un badge s'ils en proposent un
- Rencontrez le personnel et prenez contact si possible
- Obtenez un plan L'établissement
- Trouver le numéro de la chambre
- Lavez-vous les mains par courtoisie et respect. Évitez de répandre quoi que ce soit.
- Marchez d'un pas rapide et professionnel.
- Préparez-vous au poste des infirmières, sans demander comment va le patient.
- Frapper doucement à la porte en entrant et vous présenter.
Rencontre dans la chambre
- Au lieu de dire « Comment allez-vous ? », dites « Je suis ravi(e) de vous voir.» ou « Salut George, je suis ici pour une petite visite. »
- La visite devrait durer entre 5 et 15 minutes.
- Soyez encourageant(e), mais évitez de donner des « réponses ».
- Écoutez plus que ne parlez.
- Lorsque le patient est présent, ne parlez pas de lui comme s'il n'était pas là.
- Demandez au patient ou à sa famille le plan de traitement.
Lecture d'un passage
- À la fin de votre visite, annoncez que vous avez choisi un passage des Écritures, sauf si le patient souhaite que vous le lisiez. Demander la permission, en quelque sorte.
- Annoncez que vous allez prier… Le matériel de prière vous aura été remis lors de la visite.
Repartez avec un sourire sincère.
- Vous pouvez laisser votre carte.
- Vous pouvez laisser un livret ou un message d'encouragement si vous le souhaitez.
- Parlez à la famille et demandez si l'église peut intervenir.
Quitter l'hôpital
- Laver les mains
- Visite ultérieure selon les situations
Possibilités de formation
- Formation des anciens/diacres
- Mentorat pastoral
Situations
- Réunions de famille
- Lois HIPPA (lois sur la confidentialité)
- Visiteurs de l'église, grands groupes bruyants
- Santé des conjoints et besoins des familles
Dernière modification : mercredi 27 avril 2016, 22h22
Visite à domicile
Les visites à domicile deviennent rares et peu fréquentes.
Comprendre la dynamique familiale locale
- Très professionnel
- Utiliser les toilettes avant d'arriver.
- Soyez préparé : un homme ne doit pas rendre visite à une femme seul, et vice versa.
- Respecter les limites.
Arrivée
- Soyez attentif à la situation.
- Les conventions locales en matière d'hospitalité s'appliquent.
- Ne faites aucun commentaire sur tout ce qui pourrait ajouter du travail ou du stress à vos invités.
- « Je peux trouver quelqu'un pour vous aider à garder votre maison bien rangée. »
Visite
- Soyez encourageant, mais évitez de donner des « réponses »
- Écoutez plus que ne parlez
- Lorsque le patient est présent, ne parlez pas de lui comme s'il n'était pas là.
- Demandez au patient ou à sa famille le plan de traitement.
Lecture d'un passage.
- À la fin de votre visite, annoncez que vous avez choisi un passage des Écritures, à moins que le patient n'en ait un qu'il souhaite que vous lui lisiez. Demandez-lui en quelque sorte la permission.
- Annoncez que vous allez prier… Le matériel de prière vous aura été remis lors de la visite.
Congrès pour personnes confinées
- Prévoyez 30 à 60 minutes.
- Annoncez la durée de la prière dès votre arrivée et demandez s'ils disposent de ce temps.
- Parlez du passé, posez des questions.
- S'il s'agit de croyants, interrogez-les sur certains aspects de leur cheminement spirituel.
Maison de retraite
- Traitez-la comme un hôpital ou une maison de retraite, selon la situation.
- Lavez-vous les mains à votre arrivée.
- Annoncez votre temps dès votre arrivée et demandez s'ils ont suffisamment de temps.
- Parlez du passé, posez des questions de manière décontractée.
- Si vous êtes croyant, interrogez-les sur certains aspects de leur cheminement spirituel.
Maison de retraite
- Organisez un groupe pour chanter ou participer à un service religieux.
- Proposez-vous pour animer un culte.
- Apprenez à connaître le personnel.
Départ
- Vous pouvez laisser votre carte.
- Laissez un livret ou un guide d'encouragement si vous le souhaitez.
- Accompagnez la famille et demandez si l'église peut faire quelque chose.
- Communiquez avec la famille.
Conseils à domicile
- Soyez attentif au caractère familial des choses.
- Remarquez les photos, les récompenses et autres éléments uniques, à aborder et à utiliser pour la conversation.
- Gardez les sujets qui les concernent davantage.
- Donnez des nouvelles de l'église, évitez les ragots.
Positif, professionnel, attentionné et bienveillant envers le personnel; soyez une bénédiction.
Dernière modification : mercredi 27 avril 2016, 22h24
La visite pastorale
https://www.ressourceschretiennes.com/article/visite-pastorale
1. Le fondement biblique
- Jésus, le grand Berger, rassemble son troupeau, conduit ses brebis, les protège et en prend soin lui-même par son Esprit et sa Parole (Éz 34.11-16; Jn 10.11,14-15; Hé 13.20).
- Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons à Jésus-Christ qui nous a rachetés par son sang. Lui seul est notre Chef et Seigneur à qui nous devons tout (1 Co 6.20; 1 Pi 1.18).
- Depuis son ascension, Jésus exerce son ministère par le Saint-Esprit et au moyen des anciens et pasteurs qu’il a établis dans son Église pour en prendre soin (Ép 4.11-12).
- Les anciens ont reçu du Seigneur la responsabilité et l’autorité de diriger son Église, de prendre soin de ses brebis et d’être les modèles du troupeau (Ac 20.28; 1 Pi 5.2).
- Les anciens doivent accomplir leurs tâches en suivant l’exemple du bon Berger, avec humilité, amour, bon cœur et esprit de service (Luc 22.24-27; 1 Pi 5.2-3).
- Jésus a exercé son ministère auprès de personnes individuelles (Jn 3; 4; 5, etc.).
- Paul a enseigné en public et dans les maisons (Ac 20.20,31).
- Par amour, Paul a exhorté et consolé chacun des croyants de Thessalonique (1 Th 2.11-12).
- Les croyants sont tenus d’honorer leurs dirigeants spirituels et de se soumettre de bon cœur à ceux qui ont reçu la responsabilité de prendre soin d’eux (1 Th 5.11-13; Hé 13.7,17).
- Les pasteurs et les anciens devront rendre compte de leur ministère, non pas devant les hommes, mais devant le Seigneur lui-même (Hé 13.17).
- La visite pastorale est une visite officielle. Les anciens viennent dans les foyers en tant qu’ambassadeurs de Jésus-Christ afin de guider spirituellement les membres de l’Église.
- La visite permet aux anciens de prendre soin de chaque brebis de façon personnelle.
- La visite pastorale est le prolongement de la prédication; nous recherchons les fruits de la Parole de Dieu dans la vie des brebis du Seigneur.
- La visite permet aux anciens de veiller à ce que les brebis suivent la voie du Seigneur.
- La visite permet aux anciens de venir aider leurs frères et sœurs à grandir dans leur vie chrétienne avec l’amour et la compassion du Christ.
- Les visites pastorales s’harmonisent avec le but de notre vie, qui est de glorifier Dieu.
- Encourager les membres de l’Église à vivre par la foi.
- Les réconforter dans les épreuves.
- Protéger le troupeau, avertir les brebis des dangers et des erreurs (doctrine et conduite).
- Contribuer à la réconciliation des membres de la famille de Dieu.
- Restaurer des pécheurs repentants dans la communion de l’Église.
- « Perfectionner des saints en vue du service. »
- Les encourager à exprimer leur foi, leur espérance et leur amour pour le Seigneur.
- Contribuer à l’édification de l’Église et à la croissance dans la maturité chrétienne.
- S’exhorter mutuellement à vivre et grandir dans la sainteté.
- Ils viendront avec la Parole de Dieu et non avec leurs opinions personnelles.
- Ils se reconnaîtront comme étant des brebis qui ont également des besoins et des faiblesses.
- Ils prendront soin des brebis avec une bonne volonté, et non à contrecœur (1 Pi 5.2).
- Ils prendront soin des brebis par dévouement, et non pour leur profit personnel (1 Pi 5.2).
- Ils auront une attitude de serviteurs, et non de dominateurs.
- Ils sauront profiter de la sagesse d’un ancien plus expérimenté qui nous accompagne.
- Ils favoriseront l’esprit de famille et la solidarité familiale.
- Ils auront un esprit de douceur et d’humilité, et non une attitude autoritaire ou arrogante.
- Ils feront preuve d’amour et de compassion.
- Ils seront prêts à enseigner, exhorter, avertir, encourager, corriger, consoler selon la Parole.
Par les bergers
- Organiser un programme annuel de visites pour l’ensemble de l’Église.
- Choisir un thème et préparer des questions s’y rapportant.
- Annoncer d’avance les visites pour que les familles puissent s’y préparer et être présentes.
- Bien se préparer afin que notre attitude contribue au bon déroulement de la visite.
- Demander au Seigneur son aide pour que nous soyons véritablement ses ambassadeurs.
- Connaître le nom et l’occupation de tous les membres de la famille.
- Avoir confiance que Dieu nous donnera tout ce dont nous avons besoin pour faire sa volonté.
Par les brebis
- Reconnaître le caractère officiel de ce ministère et vouloir honorer nos anciens.
- Prendre le temps de se préparer en famille dans la prière et la réflexion.
- Lire les textes bibliques ou les questions proposés s’il y a lieu.
- Profiter de l’occasion pour faire une évaluation de notre vie spirituelle.
- Être honnête avec nos problèmes.
- Se demander comment nos anciens peuvent nous aider.
6. Le déroulement de la visite
Pour les bergers
- Après les salutations d’usage, commencer par la lecture de la Parole de Dieu et la prière.
- Avoir un but précis et le garder à l’esprit; éviter de discuter de sujets hors de propos.
- Savoir poser de bonnes questions et être capables de bien écouter.
- Développer la confiance.
- Ne pas s’associer aux critiques, mais demander de proposer des solutions.
- Servir nos frères dans l’amour et rechercher l’édification de chacun.
- Conclure la visite par la prière.
Pour les brebis
- Parler ouvertement, répondre honnêtement aux questions.
- Discuter des sujets présentés d’une façon constructive.
- Rechercher une bonne coopération et démontrer un grand respect envers les anciens.
- Rechercher l’aide et le conseil des anciens.
- Être reconnaissants que nos médecins spirituels soient là pour nous servir.
- Servir nos frères dans l’amour et rechercher l’édification de chacun.
Pour les anciens et les pasteurs
- Fait connaître la condition spirituelle des croyants et constater s’ils font des progrès.
- Permet d’identifier les besoins dans l’Église.
- Aide à orienter les différents ministères en conséquence (prédication, aide diaconale…).
- Permet de développer un lien significatif entre les anciens et l’Église.
- Aide à effectuer un travail préventif.
- Manifeste de façon pratique l’amour et l’entraide chrétiens.
Pour les membres de l’Église
- Permet de recevoir l’aide pastorale et le soutien de l’Église.
- Aide à mieux vivre la vie chrétienne.
- Permet d’apprendre davantage au sujet de la vie chrétienne.
- Développe une relation de confiance avec la direction de l’Église.
- Fait comprendre l’utilité et l’importance de discuter de sujets se rapportant à la vie spirituelle.
- Permet de recevoir l’encouragement de vivre comme famille chrétienne.
- Aide à vivre ensemble dans la communion fraternelle et encourage l’unité spirituelle.
8. Ouvrages consultés
- Peter Y. DeJong, « Taking Heed of the Flock », Diakonia, vol. 5, no 1, 2, 3, 4.
- Peter Feenstra, The Glorious Work of Home Visits, Premier Pub., 2000.
- Peter Feenstra, Training for Service.
- Joseph A. Pipa, Jr., « Preparing for your Pastor to Visit ».
- John R. Sittema, « A Pastoral Visiting Checklist », Diakonia, vol. 10, no 2, p. 57-58.
Paulin Bédard, pasteur
L’auteur est pasteur de l’Église chrétienne réformée de Beauce, Québec, Canada, et directeur du site Ressources chrétiennes.
2015. Utilisé avec permission. Cet article est sous
licence Creative Commons.
Paternité – Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-SA 4.0).
Comportement du pasteur vis-à-vis des femmes
© 2010, J. Gary Ellison
Pastorale du 3 juin 2004
2 Corinthiens 2 :11 « …afin que nous ne soyons pas dupes de Satan. Car nous n’ignorons pas ses intentions » (tob).
Randy était pasteur d’une des 230 églises dans l’état d’Indiana où j’étais aussi pasteur. Nous étions les seuls deux pasteurs célibataires. Nous avions à peu près le même âge. On se voyait chaque mois à notre réunion pastorale pour la section et lors de notre réunion des jeunes. Randy était pasteur d’une église qui avait un passé difficile. L’ancien pasteur était toujours dans les environs, mais il n’était plus dans le ministère, peut-être à cause des problèmes dans son foyer. En effet, l’ancien pasteur battait son épouse. Randy m’a dit qu’il était allé voir l’épouse de l’ancien pasteur dans l’hôpital suite à une violence conjugale. Il m’a dit qu’il était pris de pitié pour la femme. Je lui ai dit tout simplement : « Il faut faire très attention. C’est une situation dangereuse. »
Le temps s’est passé. Randy me parlait au téléphone un soir. Il m’a demandé ce que je pensais concernant la réhabilitation des pasteurs chutés. Je lui ai cité Charles Spurgeon qui a dit qu’il serait difficile de rétablir à la direction d’une église un homme qui n’avait pas su vivre selon la grâce de Dieu quand il était pasteur. Un peu après, Randy et moi avons partagé une chambre à une conférence pastorale dans un autre État. Il s’inquiétait de ce qui se passerait à son retour en Indiana. Randy avait une nouvelle amie, et la femme de l’ancien pasteur était jalouse. Elle avait écrit au surintendant, mon oncle. Effectivement, depuis un an, Randy commettait régulièrement l’adultère avec la femme de l’ancien pasteur. Quand il a fait la connaissance de la fille avec laquelle il voulait passer sa vie, la femme l’a dévoilé. Pour montrer jusqu’à quel point le péché peut nous tromper, quand mon oncle lui a dit qu’il serait ôté de ses fonctions de pasteur, Randy a dit qu’il ne le pouvait pas parce qu’il comprenait mieux les gens, il avait plus de sympathie pour eux et que plus que jamais, il expérimentait une grande onction sur son ministère.
Avant l’époque de l’Internet, l’implication sexuelle résultant de la cure d’âme détruisait les ministères plus que toute autre faute. Le pasteur tombe amoureux d’un membre de son église et une affaire et peut-être un divorce s’ensuit. Cela est suivi d’une crise dans l’église qui empêche son témoignage et sa mission.
Un tel incident peut être symptomatique d’autres choses :
- L’idée que l’amour n’est pas une question de volonté et d’engagement mais une d’être victime des forces qui sont « plus grandes que nous deux ».
- La poursuite du bonheur personnel est plus importante que la responsabilité de s’occuper de son épouse et de sa famille, de l’intégrité dans le ministère, et du bien-être et de la mission de l’assemblée.
- L’insécurité personnelle du pasteur.
- Le désir du pasteur d’être valorisé.
- Un mariage faible.
- Un manque de discrétion (le flirt).
Quelques remarques
· Nous devons nous rendre compte qu’il y a une dimension sexuelle à toute relation homme-femme. Nous ne pouvons découper l’identité en faisant une ligne de démarcation absolue qui sépare les attirances spirituelles, intellectuelles et physiques.
· Nous devons nous occuper de notre propre mariage et de notre propre santé mentale par-dessus toute autre demande de cure d’âme. Parfois l’épuisement joue un rôle dans la chute d’un pasteur. Le pasteur qui trouve du réconfort dans les bras d’une paroissienne avec laquelle il n’a pas besoin de ménager un foyer, soigner les enfants, sortir les poubelles ou tondre la pelouse—il est probable que ce pasteur ne s’entend pas bien avec son épouse. Il y a un art ainsi qu’une discipline de nous occuper de notre mariage ; apprendre l’art, c’est une des joies du mariage.
· Nous devons être profondément conscients de la vulnérabilité humaine, la nôtre ainsi que celle des membres. La tentation se trouve à tous les coins de la vie. « Soyez sobres. Veillez ! Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer » (1 Pierre 5:8). Les relations bien ordonnées plutôt que l’anarchie sexuelle font partie de la liberté pour laquelle Christ nous a libérés.
· Quant aux adeptes, il est impératif de se rendre compte que derrière les visages souriants il y a très souvent des angoisses et de la solitude qui peuvent déformer la relation pastorale. La paroissienne vulnérable peut percevoir l’affection personnelle et des allusions grivoises qui n’existent pas dans la pensée et dans l’intention du pasteur. Voilà un homme qui dans l’exercice de son ministère de prédication, d’enseignement et dans la vie de l’église semble être toujours très humain, doux et digne de confiance. La paroissienne sait que son époux a ses faiblesses et n’est pas toujours comme le pasteur. En fait, son mari est peut être maussade, bestial ou mesquin. Qu’elle ait 25 ans ou 65 ans, elle lit quelque chose derrière l’égard du pasteur. Dans la cure d’âme où elle rencontre l’attention compatissante de son idole pasteur, le moindre geste d’affection peut être mal comprise.
CONTACT SEXUEL AVEC LES PARROISSIENNES
Malheureusement, les abus sexuels de la part des pasteurs sont plus courants que ce qui est généralement reconnu. Les paroissiennes ayant besoin de la cure d’âme sont particulièrement vulnérables, et les pasteurs, à cause de leur position et rôle symbolique, ont beaucoup de pouvoir. Si un pasteur ne se connaît pas ou s’il est un charlatan, il peut exploiter sa relation avec une femme qui cherche son aide. Le résultat, c’est un choc à la paroissienne et à l’assemblée ; l’assemblée est également victime.
Indices d’un problème
· Les demandes de l’aide pastorale deviennent exceptionnellement répétitives et persistantes.
· Le pasteur accorde volontiers son temps et son aide à la femme.
· Solution : Envoyer la paroissienne à un autre pasteur ou conseiller.
Principes
· Le pasteur veillera à son comportement envers les filles et les femmes de son église. Nolan Harmon dit : « La familiarité avec les femmes est un tabou absolu. Le pasteur, surtout un jeune pasteur, qui met les mains, même en toute innocence sur la personne des femmes, particulièrement les jeunes filles, est, dans les termes les plus tempérés que je connaisse, un fou complet. »[1]
· Le pasteur ne voyagera pas seul en voiture avec une femme sauf en cas d’urgence.
· Il s’abstiendra de rencontrer une femme seule.
· Il dira à l’assemblée – souvent et de manières variées – qu’il estime, admire et aime son épouse.
· Il faut exagérer la discrétion en faisant la cure d’âme.
· D’autres membres du personnel devraient être dans les environs.
Dans son article sur les implications légales de la cure d’âme, « Counseling Ministries: A Legal Checkup », Richard R. Hammar, avocat des Assemblées de Dieu aux États-Unis, donne les règles suivantes pour éviter les procès :
· La règle de la troisième personne. On peut limiter les risques si l’église établit la règle que les hommes pasteurs ne se rencontrent pas de femme non accompagnée à moins qu’une troisième personne ne soit présente. Cette troisième personne devrait être l’épouse du pasteur, un autre pasteur de l’église ou un employé de l’église d’un certain âge qui est digne en qui on a confiance (de préférence une femme).
· Certaines églises ont adopté la règle que les femmes ne doivent être conseillées que par des femmes. Le passage dans Tite 2:3-5 est parfois employé pour soutenir cette règle.
· On limite les sessions à 45 minutes.
· Finalement, on ne permet pas plus de cinq sessions avec la même personne dans l’année civile.
Sources
Hammar, Richard R., « Counseling Ministries: A Legal Checkup », dans Enrichment, Summer 1998, p. 43-46.
Kent, Homer A., The Pastor and His Work, Chicago: Moody Press, 1963.
Noyce, Gaylord, Pastoral Ethics, Nashville: Abington, 1998.
_______________
[1] Homer A. Kent, Sr,. The Pastor and His Work (Chigago: Moody Press, 1963), p. 57.
Des objections aux visites pastorales
https://www.ressourceschretiennes.com/article/des-objections-aux-visites-pastorales
Cette fiche de formation a pour sujet des objections émises par ceux qui sont contre les visites pastorales effectuées par les anciens et les pasteurs, suivies des réponses à ces objections.
Source: Guide de formation pour anciens et diacres et pasteurs.
Certains croient que les visites pastorales n’auraient pas leur place pour les raisons suivantes :
1. La visite pastorale aurait malencontreusement remplacé le confessionnal.
Réponse :
- La confession auriculaire a été rejetée pour des raisons bibliques.
- La confession auriculaire est liée au système catholique romain de pénitence.
- Les anciens ne sont pas là pour forcer les gens à dévoiler leurs péchés secrets.
- L’Église n’est pas médiatrice entre Dieu et les croyants.
- La visite pastorale est une pratique fondée sur des principes très différents.
- La visite pastorale tient compte du contexte familial dans lequel vivent les croyants.
2. La visite pastorale établirait une autorité illégitime et nierait l’égalité des croyants.
Réponse :
- Il est vrai que tous sont égaux devant Dieu et que tous ont besoin de sa grâce.
- Mais selon la Bible, il n’y a pas d’égalité de fonction ou d’appel.
- Ép 4.11-12 : Dieu fait des distinctions pour le bon ordre et l’édification de son Église.
- 1 Pi 5.5; Hé 13.17 : Les fidèles sont appelés à se soumettre aux anciens qui ont reçu le ministère de diriger l’Église et de fortifier le corps du Christ dans la foi.
3. La visite pastorale serait fondée sur une conception légaliste de la vie chrétienne où les anciens viendraient imposer des règles de conduite à l’Église.
Réponse :
- Il s’agit d’une mauvaise compréhension de la nature et du but des visites pastorales.
- La tendance moderne révolutionnaire est de peu respecter l’autorité.
- L’individu se croit l’autorité ultime et pense avoir le droit de décider seul où, quand et comment servir Dieu et son prochain.
- La visite pastorale permet de discuter de la vie spirituelle et de ses problèmes de telle manière que les membres et les anciens en tirent profit.
4. La visite pastorale serait un travail inutile à cause de son caractère formel.
Réponse :
- Il est vrai que la famille visitée peut parfois essayer de se présenter sous son meilleur jour et que les anciens ne connaîtront pas toujours leur véritable condition spirituelle.
- Mais il arrive très souvent que les pasteurs et les anciens soient encouragés par les réponses franches et honnêtes des membres du peuple de Dieu.
- C’est notre rôle d’expliquer avec patience et persévérance le véritable but des visites.
5. La visite pastorale ne serait pas bien reçue ni bien appréciée.
Réponse :
- Si les membres ne veulent ou ne peuvent pas discuter de sujets spirituels, et si les anciens n’ont pas appris l’art d’exercer ce ministère, l’Église se trouvera dans un était spirituel misérable.
- On ne doit pas se surprendre que certains n’apprécient pas les visites (vie superficielle ou endurcie dans le péché). La visite pastorale est alors d’autant plus nécessaire!
- La plupart des fidèles seront reconnaissants de ce travail fait dans l’esprit du Christ, malgré ses faiblesses et ses imperfections; ils seront convaincus qu’ils reçoivent cette aide spirituelle au nom du Sauveur.
- Les anciens devraient persévérer patiemment même si plusieurs dans l’Église continuent de refuser cet aspect du ministère pastoral, sachant que l’appréciation des hommes ne sera jamais la norme par laquelle la valeur et l’efficacité d’un ministère chrétien peuvent être jugées.
6. La visite pastorale ne serait pas nécessaire dans une Église normale.
Réponse :
- Ce travail n’est pas nécessaire seulement dans des temps d’ignorance ou de réforme.
- Comment les anciens peuvent-ils s’assurer autrement de la santé spirituelle de l’Église?
- Le travail préventif est très utile, même pour l’Église la plus en santé.
- Est-il possible de trouver une « spiritualité normale » dans un monde anormal? La communion parfaite avec Dieu n’est pas encore de ce monde.
- Il existe toutes sortes de dangers et de maladies qui cherchent à détruire notre relation avec Dieu et avec notre prochain (épreuves, tentations, plaisirs de la vie, cœur tortueux, apathie, négligence, découragements, etc.). Nous avons besoin d’enseignement et d’encouragement.
- Le travail des anciens doit continuer jusqu’au jour de Jésus-Christ.
7. Les besoins de l’individu seraient négligés.
Réponse :
- La psychologie moderne met l’accent sur la discussion individuelle. Comment alors une personne peut-elle discuter de ses problèmes individuels en présence de sa famille?
- Le but de la visite n’est pas de révéler toutes ses pensées ou tous ses problèmes.
- La visite de la famille encourage les membres de la famille à examiner et régler leur vie à la lumière de la Parole de Dieu.
- Quand ce travail est fait dans un esprit d’entraide et de compassion, une relation de confiance se développe avec les anciens.
- Il est toujours possible d’aller chercher de l’aide supplémentaire auprès d’un ancien pour parler avec lui de problèmes qu’on ne veut pas révéler au reste de sa famille.
- Les bons sous-bergers apprendront à connaître les brebis et pourront faire d’autres visites plus personnelles.
Peter DeJong, pasteur
Traduit et adapté de « Taking Heed of the Flock », Diakonia, vol. 5, no 3, mars 1992, p. 70-73.
L’auteur a été pasteur dans l’Église
chrétienne réformée (CRC).
2015. Traduit et utilisé avec permission. Cet article est sous
licence Creative Commons.
Paternité – Partage dans les mêmes conditions 4.0 International (CC BY-SA 4.0).
Le pasteur et les relations dans l'église
Publié dans le cahier n° 31 - 1er trimestre 1999
Dans bien des domaines, le pasteur est lancé dans une Eglise sans grande préparation. Il se retrouve au milieu de la famille que représente la communauté sans avoir toujours une conscience précise des forces qui sont en jeu. Or, il est clair que la qualité de son ministère dépendra en grande partie de la manière dont il saura gérer les relations au centre desquelles il se trouve par sa fonction. Jeanne Farmer, femme de pasteur et psychologue, nous aide, dans le texte qui suit à poser un regard plus lucide sur notre propre comportement.
Quels sont les facteurs qui déterminent la qualité des relations dans l'église locale ? Pour répondre à cette question on peut penser à l'histoire de l'église, au nombre de membres et à d’autres choses. Mais l'apôtre Paul souligne plusieurs choses en 1 Ti 4.16 auxquelles nous ne pensons pas souvent. "Veille sur toi-même et sur ton enseignement ; persévère dans ces choses, car, en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t'écoutent" (italiques ajoutés). Notons l'ordre de ces choses que Paul recommande : d'abord la vie personnelle du berger, ensuite celle du troupeau. Et ce n'est pas ici un verset isolé, mais plutôt un résumé de tout le chapitre. Paul dit sensiblement la même chose aux anciens d'Ephèse en Actes 20:28. Il est étonnant de voir l'importance que Paul donne à la vie personnelle de Timothée, ainsi qu’à son enseignement. Mais Paul savait que le pasteur était l'élément crucial dans la vie de l'église.
L'importance du pasteur
Pourquoi le pasteur est-il si important ? D'abord, il est un modèle pour les autres. 1 Ti 3:2-5 dit, "Il faut donc que l'évêque soit irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, modéré, réglé dans sa conduite... Il faut qu'il dirige bien sa propre maison, et qu'il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté ; car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'Eglise de Dieu ?" (NEG, italiques ajoutés.) Paul ne dit pas, "modéré dans tout sauf son travail". Il dit "réglé dans sa conduite". Il travaille bien, mais il ne travaille pas comme "un forçat"; il a le temps de s'occuper de sa propre vie et de sa famille. On a une impression de calme et d'ordre dans ce texte. C'est un idéal difficile à atteindre ; mais les principes que je vais essayer d'expliquer visent à rendre ce style de vie possible.
L'influence et le bien-être du pasteur s'en trouveraient augmentés dans son église. La vie du pasteur est en exemple dans son église, mais"Mener en se différenciant" : dans la mesure où il arrive à pratiquer cela, le pasteur apporte plusieurs avantages très importants. D'abord, il favorise la croissance spirituelle et émotionnelle des membres de son église. Sur le plan émotionnel, la maturité implique la capacité de tolérer des différences avec nos proches. Sur le plan spirituel, la maturité est liée à la capacité de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire, et d'accorder à l'autre la liberté dans l'accessoire (Rm 14).il est aussi très influent dans la façon de conduire ses relations. Ses attitudes, son anxiété ou au contraire son calme et sa confiance déteignent sur les autres.
Mener en se différenciant
" Mener en se différenciant " : c'est une façon de conduire l'église qui favorise particulièrement la liberté et la maturité des membres de l'église. "Se différencier" veut dire différer, se rendre différent. Le principe est simple : dans un groupe quelconque, et surtout dans une église qui fonctionne plus ou moins comme une famille, il y a toujours un certain équilibre qui s'installe. Cela ne veut pas dire que tout le monde est identique, quoiqu'il y ait une tendance vers la conformité. Il s'agit plutôt d'un consensus sur les idées et sur les rôles de chacun, et spécialement le rôle du dirigeant :un pasteur doit visiter les malades, s'occuper des jeunes ou s'impliquer dans un ministère envers les pauvres... Une femme de pasteur joue du piano, s'occupe des enfants, ou anime le groupe de dames. Il y a donc des attentes qui sont attachées au rôle du pasteur ou de sa femme, indépendamment de leurs dons et de leurs intérêts.
Les enfants du pasteur sont souvent jugés plus sévèrement que d'autres enfants dans l'église, comme s'ils devaient donner l'exemple. Nous pouvons nous-mêmes être tentés de nous imposer, à nous et à nos familles, ces attentes. Chaque fois que l'on dit : "Un pasteur est tenu de faire telle ou telle chose...", nous sommes en présence de cette attitude.Mener en se différenciant, c'est simplement prendre une position qui est différente de celle que le consensus nous prescrit (dans le cas où l'attente ne nous correspondrait pas), et en même temps rester calme et en contact " émotionnellement " avec les autres. Nous n'aurons pas besoin de chercher ou de créer des différences ; il s'agit simplement de ne pas avoir peur d'être ce que nous sommes et de suivre les convictions et la vision que le Seigneur nous donne pour notre ministère. Comme chaque individu est unique, nous ne manquerons pas d'être différents de nos prédécesseurs ! Mais il est tout aussi important, en même temps que nous vivons librement nos différences, de rester en relation aussi calmement que possible avec ceux qui peuvent attendre de notre part des choses différentes.
Quand un pasteur fait cela, il crée une tension pour ceux de ses paroissiens qui sont " mal différenciés ", c'est-à-dire qui ont une capacité limitée à être différents de leurs proches ou de tolérer des différences chez leurs proches. Ils ne comprennent pas sa démarche, et souvent mettent une pression sur lui (avec les meilleures intentions du monde), pour le faire revenir dans leur schéma habituel, par des questions, des demandes, voire des critiques. Si, à ce moment-là, le pasteur se protège de leurs critiques en prenant ses distances sur le plan émotionnel, ils vont prendre le chemin de la facilité et le rejeter. Mais s'il tient bon, restant calme et décontracté, s'il s'explique tout en maintenant le cap, s'il montre qu'il les aime avec leurs différences, ils n'auront pas d'échappatoire. Ils seront obligés de se débattre avec cette nouvelle idée qu'il a introduite : son droit de décider de son emploi du temps ou d'introduire une nouvelle façon de faire.
Cela prend du temps, mais c'est un processus qui permet à l'église d'évoluer. Le fait même de pouvoir être en désaccord, voire en conflit, et de cependant rester en relation, est révolutionnaire pour quelques-uns, et c'est un puissant témoignage pour les non chrétiens.A titre d'exemple, j'ai souvent, au fil des années, entendu dire qu'il faut qu'une femme de pasteur travaille avec les enfants, qu'elle fasse l'école du dimanche et qu'elle évangélise par le biais des clubs d'enfants. Il se trouve que ce n'est ni mon don, ni quelque chose que je fasse avec plaisir. Je l'ai fait cependant dans les deux églises que nous avons implantées tant qu'il n'y avait personne d'autre pour le faire. Mais dès que j'ai trouvé quelqu'un à qui passer le relais, je l'ai fait avec soulagement pour me concentrer sur d'autres choses. J'ai été critiquée pour cette démarche ; mais j'ai expliqué calmement mes raisons tout en m'engageant dans d'autres ministères qui correspondent plus à mes dons, et cela a fini par être accepté. Bien entendu, ayant eu la liberté de déléguer ce ministère, j'ai dû accepter que l'autre personne l'accomplisse à sa façon et non pas à la mienne !Un exemple encore plus clair est celui de Jésus lui-même. Il se différenciait constamment des autres. Il ne cessait d'étonner par ses actions et ses attitudes ; il ne rentrait pas dans le moule. Il s'intéressait aux Samaritains et aux non-Juifs en général, et ainsi il préparait le moment où ses disciples iraient, plus tard, leur porter l'Evangile. Il ne se conformait pas aux attentes des Juifs à propos du Messie. Pourtant ceux en qui il avait le plus investi, ses disciples, le suivaient même quand ils ne le comprenaient pas ; il a réussi le défi qui consiste à mener en se différenciant.
Avantages
"Mener en se différenciant" : dans la mesure où il arrive à pratiquer cela, le pasteur apporte plusieurs avantages très importants. D'abord, il favorise la croissance spirituelle et émotionnelle des membres de son église. Sur le plan émotionnel, la maturité implique la capacité de tolérer des différences avec nos proches. Sur le plan spirituel, la maturité est liée à la capacité de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire, et d'accorder à l’autre la liberté dans l'accessoire (Rm 14).
Comment pouvons-nous savoir à quel point quelqu'un peut tolérer des différences ? Si nous prenons sur un sujet précis une position claire (où il y a manifestement liberté pour des opinions différentes) et qu'une personne se sente obligée d'essayer de nous faire changer d'avis, il est presque certain que cette personne est "mal différenciée." C'est peut-être le membre le plus engagé de l'église, qui nous aime comme un frère, et dont l'amour pour Christ est manifeste. Cependant, nous pouvons être sûrs que cela lui coûtera de nous voir prendre des positions différentes des siennes. Par contre, si quelqu'un répond à notre idée simplement en exprimant la sienne qui est différente, il a une capacité plus grande à tolérer la diversité.
Comprendre l'idée de mener en se différenciant apporte un deuxième avantage, celui d'éviter au pasteur l'épuisement, tant physique que moral, qui finira par l’atteindre s'il craint de déplaire aux autres ou qu'il s'efforce de les changer. Il apprend à reconnaître ses limites et à les respecter, et aussi à les faire respecter par les autres.
Un troisième avantage sera d’éviter d'office certains pièges qui guettent tous les pasteurs. La place manque pour en parler ici, mais le fait même de distinguer où s'arrête sa responsabilité en tant que pasteur l'empêchera de tomber dans un certain nombre de guêpiers dans lesquels ses paroissiens pourraient l'inviter (voir Luc 12 : 13,14, où un homme demande à Jésus d'intervenir dans une dispute familiale où il n'a rien à faire ). Si par mégarde il se surprend dans une telle situation, il saura plus vite trouver la sortie.
Enfin, le pasteur trouvera ces principes utiles pour bon nombre de situations pour lesquelles on lui demandera conseil ; si bien qu'il n'aura pas besoin d'être expert dans tous les domaines (les enfants, les ados, les crises de couple...) pour pouvoir aider dans beaucoup de situations.
Se différencier - comment ?
Comment mener en se différenciant ? Il s'agit d'abord de se définir, de réfléchir sur notre position et d’articuler nos convictions, nos responsabilités, dans tel ou tel domaine. Le principe de base est Rm 14. 12 : chacun répondra à Dieu pour lui-même. Or, là où il y a responsabilité, il y a autorité, sinon la responsabilité est injuste. Il n'y a rien de plus stressant que de devoir rendre compte de quelque chose que nous ne pouvons contrôler. Mais Dieu est juste ; il nous demande de rendre des comptes précisément dans les domaines qui sont sous notre contrôle, et rien d'autre.
Nous pouvons imaginer notre vie comme une bulle, dans laquelle nous vivons. A l'intérieur, se trouvent nos idées, nos émotions, notre santé, nos relations avec Dieu, notre famille, et nos proches. Le périmètre de la bulle, là où notre vie touche la vie des autres, peut s'appeler notre influence, et c'est ici que se situe notre ministère. La chose essentielle à saisir est que tout ce qui est à l'intérieur de la bulle relève de notre responsabilité, à nous seuls et à personne d'autre. Ce n'est la faute de personne d'autre si je néglige ma santé, si je ne fais pas ce qu'il faut pour gérer mes émotions, si je suis mal dans telle ou telle relation et que je ne fais rien, si je n'arrive pas à faire mon ménage ou mon courrier. Personne d'autre ne peut être un père ou une mère pour mes enfants. Personne ne peut écouter Dieu à ma place. Nous ne pouvons rejeter la responsabilité de ces choses sur personne d'autre, même quand nos circonstances sont difficiles.
En ce qui concerne notre santé, un exemple peut éclairer ce principe : supposons qu'un ami me prête sa voiture pour faire une course précise. Je la fais ; mais j'en profite pour lui en faire cinq autres qu'il ne m’aurait pas demandées. Je conduis sa voiture très vite pour racheter le temps ; je prends les virages à toute vitesse et j'érafle la voiture. Je mets de l'essence de mauvaise qualité dans le réservoir, et d’une manière générale, je maltraite sa voiture. A la fin de la journée, je lui rends sa voiture en mauvais état. Mon ami sera-t-il content de moi ? Est-ce qu'il n'aurait pas préféré que je fasse seulement ce qu'il m'avait demandé avec sa voiture ? Je pensais faire preuve de dévouement, mais en réalité c'est une mauvaise gestion des biens d'autrui.
Beaucoup de chrétiens engagés, pasteurs et autres, font la même chose avec leurs corps. Et ils sont admirés (même si d'un autre côté on s'inquiète pour leur santé). Quand nous voulons à tout prix nous rendre utiles, comme s'il fallait justifier le mètre carré que nous occupons sur cette terre, nous perdons de vue le fait que notre corps ne nous appartient pas. Dans l'Ancien Testament, Dieu a ordonné que l'on traite bien ses animaux - même les bêtes avaient le droit de se reposer une fois par semaine. Le Seigneur nous demanderait-il de nous traiter pire que les bêtes ? Donc la première chose à faire, pour définir notre position et nos responsabilités, est de nous rendre compte que nous avons l'autorité pour gérer notre vie, puisque c'est nous qui devons en rendre compte devant Dieu.
La deuxième chose à faire, est d'apprendre à distinguer entre une charge - que ce soit la nôtre ou celle de quelqu'un d'autre, et un fardeau. Ga 6: 2,4,5 dit que nous devons porter notre charge seuls, mais que nous devons aider les autres à porter leurs fardeaux. Quelle est la différence ? Notre charge consiste en toutes nos responsabilités, nos relations, et nos engagements, tout ce qui est normal et prévisible. C'est comme un sac que Dieu nous a donné à porter, cousu pour ainsi dire sur notre dos. Un fardeau, par contre, est comme un rocher qui tombe sur nous en chemin. Dans ces cas-là nous sommes appelés, en tant que chrétiens, à venir au secours de nos frères et sœurs, de peur qu'ils ne soient écrasés. Des décès, des divorces, des déménagements, des maladies ou même des naissances, bien que ponctuels peuvent être lourds. Ces besoins sont des fardeaux que nous devons aider à porter.
Mais si nous commençons à porter la charge de quelqu'un d'autre, plutôt que son fardeau, nous lui faisons plus de mal que de bien parce que nous l'affaiblissons. L'être humain est fait pour porter une charge. Les astronautes qui restent longtemps dans l'espace en état d'apesanteur ont des os qui se décalcifient et deviennent fragiles. De même, les psychologues savent que trop peu de stress n'est pas meilleur pour la santé mentale que trop de stress. Il y a une zone de stress optimale pour nous, où nous sommes bien. Ce principe est valable aussi pour le stress de nos responsabilités : nous sommes faits pour porter le poids de notre propre vie. Cela fait partie de l'image de Dieu en nous. Nous avons le pouvoir et la responsabilité de choisir.
C'est à nous que Dieu va demander de rendre compte de la façon dont nous portons notre charge, et à personne d'autre. Voilà pourquoi nous devons bien réfléchir avant de prendre un quelconque engagement. Il faut faire comme l'homme dans la parabole de Jésus qui voulait construire une tour, et qui s'est arrêté d'abord pour voir s'il avait tout ce qu'il fallait pour terminer l’ouvrage. Rendons-nous compte que si nous entreprenons quelque chose alors que notre emploi du temps est déjà relativement plein, cela fait autant d'heures qu'il faudra soustraire à d'autres choses. C'est comme un budget : notre argent n'est pas infini, et notre temps et notre énergie non plus. Il faut les utiliser de façon stratégique. Cela s'apprend, même parfois par le biais des échecs.
"L'effet domino"
Mais même si nous avons bien compris quelle est notre charge et limité nos propres engagements, nous pouvons être victimes de ce que j'appelle "l'effet domino." Quelqu'un d'autre s'engage au-delà de ses possibilités, puis il fait appel à nous pour boucher les trous. Ou bien, quelqu'un dans l'église est constamment débordé, et nous nous sentons coupable de le laisser dans cet état sans lui donner un coup de main. Imaginons par exemple qu'il y a dans l'église une femme avec des enfants en bas âge ayant un travail prenant. Son employeur lui demande souvent de faire des heures supplémentaires. La femme du pasteur la plaint parce que la vie chez elle est toujours un peu chaotique. Elle décide d'aller chez cette femme quelques heures par semaine pour lui donner un coup de main jusqu'à ce que sa situation se stabilise.
Mais les semaines passent, et notre amie ne rattrape pas le retard ; elle est toujours aussi débordée. Lentement, la femme du pasteur comprend qu'elle est en train de travailler pour l'employeur de notre amie, car celle-ci continue de dire “oui” à son employeur chaque fois qu'il lui demande des heures supplémentaires - alors que d'autres employés disent “non”. Et l'employeur, de son côté, continue de prendre des engagements qui ne sont pas nécessaires, parce qu'il sait qu'il peut toujours compter sur son employée "modèle!" Chaque domino est tombé à son tour, portant la charge de son voisin, jusqu'à ce que la femme du pasteur se trouve en train de travailler pour une personne qu'elle ne connaît même pas ! Et qui va s'occuper des choses que la femme du pasteur est en train de négliger chez elle.
Ce genre de choses arrive quand les limites entre les personnes ne sont pas nettes. Une personne vous "envahit" en vous demandant ou imposant de faire des choses que vous n'avez pas envie de faire, et vous ne vous sentez pas libre de refuser. Ou quelqu'un vous invite à “ l'envahir ”, en abdiquant ses responsabilités et en essayant de vous les donner. Dans chaque cas, les limites de responsabilités entre les personnes sont trop "poreuses" - une personne essaie de porter la charge d'une autre ou de donner sa charge à une autre. Or, quand une personne est en train de porter la charge de son prochain, elle n'arrive pas complètement à porter la sienne. Cependant, normalement, les personnes qui vivent comme cela ne sont pas conscientes d'être négligentes - pour elles c'est de la compassion ou de la solidarité.
Nous touchons ici un problème très répandu dans la société en générale. La définition même de l'amitié est floue sur ce point, celui des limites des responsabilités. Dans un passage sur l'amitié du " Petit Prince" de St. Exupéry, le renard explique au petit prince, "Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé." C'est une image très jolie - mais au fond elle est fausse. Et je suis persuadée que ce manque de définition des limites dans l'amitié est la cause de beaucoup de ruptures entre amis quand le poids de l'autre devient trop lourd à porter.
Pensons à la parabole des dix vierges en Mt.25. 1-13. Les cinq sages ont bien porté leur charge : elles avaient pris leurs dispositions et apporté assez d'huile pour un retard éventuel de la part du marié. Cette éventualité était prévisible. Les folles auraient pu en faire autant - elles avaient les mêmes capacités et les mêmes informations que les sages, mais elles ne l'ont pas fait. Et comme on pouvait s’y attendre, quand elles sont à court d'huile, elles demandent aux sages : “ Donnez-nous de votre huile, bouchez les trous pour nous ”. A la place des sages, qu'aurions-nous fait ?
Il est intéressant de voir leur réponse : "Non, car il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous." Et elles avaient raison. Elles n'en avaient pas trop, elles en avaient assez pour attendre l’époux. Ce sont deux choses très différentes. Si elles avaient donné de leur huile, les dix lampes se seraient éteintes ensemble un peu plus tard. Elles ont résisté à la pression, à l'effet domino, et protégé leurs limites. Elles se sont occupées correctement de leurs responsabilités. Il y a eu sûrement de la grogne parmi les folles pendant qu'elles allaient acheter de l'huile. Les sages ne pouvaient pas éviter cela en leur disant “ non ”, mais au moins elles pouvaient faire ce pourquoi elles étaient venues, ce que le marié attendait d'elles.
Il y a peut-être des personnes dans nos églises qui ne voient pas clairement où s'arrêtent leurs responsabilités et où commencent les nôtres. Elles nous envahissent et nous invitent à les envahir, elles nous demandent de porter leur charge. Comment savoir que quelqu'un est en train de nous envahir ? Quand nous nous sentons irrités ou même en colère. C'est une réaction tout à fait normale, et c'est un signal auquel il est très important de faire attention. Notre peau sert à délimiter notre être physique, et si quelque chose la transperce, la douleur nous signale qu'il y a un problème. De même, si nous nous sentons irrités envers quelqu'un, il y a de bonnes chances qu'il y ait un problème de limites entre nous. Ce principe s'applique aussi entre nous et nos enfants, ainsi qu’entre mari et femme. Nous sommes une même chair, mais chacun reste responsable devant Dieu pour lui-même.
Tenons donc ferme, et n'acceptons pas que l'on fasse pression sur nous pour porter la charge de quelqu'un d'autre, même si nous sommes critiqués pour avoir dit non. Il faudra expliquer gentiment, plusieurs fois si nécessaire, que si nous faisons ceci nous serons obligés de négliger autre chose. Ce n'est pas parce que d'autres dominos sont tombés que nous sommes obligés de tomber aussi.
Allons même plus loin : protégeons nos priorités, protégeons aussi nos familles. Ne les proposons pas pour quelque tâche qu'ils n'auraient pas librement choisie. N'acceptons pas qu'on leur impose des attentes qu'on n'aurait pas s’ils n’étaient pas la femme ou les enfants du pasteur. Si quelqu'un veut leur demander un service, envoyons-les parler directement à la personne concernée, et donnons à notre famille la même liberté de dire “non” qu'aurait n'importe qui d'autre dans l'église.
Un nouveau légalisme
En Col 2: 20-23, Paul parle de l'attitude de jugement et de pression que certaines personnes essayaient d'imposer aux chrétiens à Colosses. De nos jours, c'est moins une question de "ne prends pas, ne goûte pas !" mais plutôt de "il faut faire ceci ou cela puisque c'est pour le Seigneur !" Mais l'activisme peut devenir un nouveau légalisme, qui a une apparence de piété, mais qui sert à satisfaire la chair. "Plus engagé que moi, tu meurs !" La seule personne qui peut nous dire "Il faut", c'est nous-mêmes, en écoutant Dieu pour nous-mêmes.
Respecter les limites des autres>
Evidemment, si nous faisons respecter nos limites et celles de nos familles, il va de soi que nous ne pouvons pas faire pression sur les autres non plus. Comme nos engagements sont librement choisis et assumés, nous devons laisser aussi à nos membres d'église le libre choix de s'engager dans tel ou tel service aussi. Nous ne connaissons pas aussi bien qu'eux leurs responsabilités, le temps et l'énergie dont ils disposent. Nous ne devons ni nous laisser envahir, ni envahir les autres. S'il y a un besoin, nous en informons les autres. Ils ont besoin de ces informations, y compris de celle qui soulignera peut-être que la solution est urgente.
Eventuellement nous pourrons aller jusqu'à leur demander instamment de prier quant à leur engagement. Mais c'est à eux de décider ce qu'ils vont en faire, sans que nous les jugions. Souvenons-nous de Rm 14 : ce n'est pas à nous de juger le serviteur de quelqu'un d'autre. Je dirais que cette conception des relations dans l’Eglise, qui souligne l’importance des limites nettes, même dans les relations les plus intimes, peut être appelée simplement le respect. Je fais respecter mes limites et je respecte celles des autres. On peut même définir le respect comme "ne pas enfreindre les limites des autres." Il s'agit de reconnaître non seulement la valeur de l'autre, mais aussi ses capacités, notamment sa capacité de porter sa charge. Qu'il ait l'habitude de l'exercer ou non, chaque adulte normalement constitué a la capacité et les compétences pour porter sa charge ou au moins il peut apprendre à le faire.
Même les enfants ont des capacités appropriées à leur âge, et peuvent les utiliser s'ils sont motivés pour le faire. C'est ici que se situent souvent les conflits entre parents et enfants : l'enfant ne prend pas ses responsabilités (partir à l'heure pour l'école, prendre un parapluie quand il pleut, faire correctement ses devoirs), et le parent les assume à sa place, en criant, poussant, stressant.
Le comble, c'est que l'enfant résiste, tout en ayant du ressentiment parce qu'on est en train de le traiter comme un bébé. Et il a raison de le penser, nous le traitons en effet comme un bébé !
Comment faire pour apprendre à quelqu'un - enfant ou adulte - à se prendre en charge ? Il faut le laisser subir les conséquences de ses actes, calmement et sans esprit de blâme. C'est souvent beaucoup plus difficile que de crier. Mais c'est efficace si nous pouvons maintenir le cap. Agir ainsi, déplaire à notre proche pour son plus grand bien à long terme, va nous valoir d'être critiqué et jugé. Mais c'est “ l'agapé ” qui est en œuvre. L'agapé est l'amour qui ne trahit jamais la justice ni la vérité. Il est le contraire de l'éros, qui cherche l'union et la fusion. L'agape est l'amour qui ne viole jamais l'intégrité de l'autre, qui le laisse libre de répondre même si la réponse n'est pas celle qui est souhaitée. C'est exactement comme cela que Dieu agit avec nous quand il nous dit la vérité, qu'elle nous plaise ou non, et quand il nous laisse récolter les conséquences de nos actes. A long terme cette façon d'agir est celle qui a le plus de chance de nous apprendre à assumer nos responsabilités.
Rester connecté
Revenons maintenant à l'idée de mener en se différenciant. Nous avons exploré la première exigence : comment se différencier. Et mener en se différenciant ? C'est une chose simple à expliquer, mais pas plus facile à vivre que la première partie : se différencier. Il s'agit simplement de rester connecté “ émotionnellement ”. Cela veut dire, ne pas nous retirer ou nous protéger en prenant nos distances, même quand les autres nous critiquent et ne nous comprennent pas. Rester présents et calmes. Il faut comprendre que, quand nous protégeons nos limites, certaines personnes vont se sentir menacées. Elles ne se sentiront pas aussi proches de nous, parce que pour elles, être proches veut dire ne pas avoir de limites.
Dans certains groupes, être proches veut dire avoir les mêmes opinions, faire les mêmes choses, agir de la même façon dans des situations semblables. Pour ces personnes, il va de soi que si nous comprenions leur situation, nous ferions la même chose qu'elles. Si nous voulons un modèle de quelqu'un qui a beaucoup travaillé dans son ministère sans pour autant prendre la responsabilité pour quelqu'un d'autre, nous pouvons regarder l'apôtre Paul. Dans Ac 20. 17-35, Paul est en train de dire au revoir aux anciens d’Ephèse. Il décrit le genre de ministère qu'il a eu auprès d'eux - il avait enseigné en public et de maison en maison, il a prié et pleuré. Mais ayant fait tout cela, il pouvait dire, "Je suis pur du sang de vous tous." J'ai fait ma part. De même, devant le Sanhédrin il pouvait dire, "C'est en toute bonne conscience que je me suis conduit jusqu'à ce jour devant Dieu." Il pouvait dire cela parce qu'il était au clair sur ce que Dieu voulait de lui, et par conséquent, ne se chargeait pas de responsabilités autres.
Une bonne conscience
Mais bien sûr, pour avoir dit cela, il a été frappé par les légalistes ! Une bonne conscience est presque un scandale pour quelqu'un qui veut vous rendre responsables des autres. Un légaliste a très rarement une bonne conscience, parce qu'il se sent responsable de beaucoup de choses qu'il ne peut contrôler. Mais "c'est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude".(Gal. 5:1) En faisant cela, nous serons un modèle pour les croyants ; nous “ veillerons sur nous-mêmes et sur notre enseignement ”, comme nous y exhorte l'apôtre Paul.
Auteur Jeanne FARMER